de la combinaison

Auteur maniaxmemori dans theorie, code, watchout, tempus, chess synthesis — maniaxmemori mer 31 mai 2006 3:56

1/ diachronique

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, lors d’une partie d’échecs, un grand maître anticipe rarement plus qu’un débutant, et n’examine généralement qu’un très petit nombre de coups possibles. Sa perception est filtrée, et il ne voit littéralement pas les mauvais coups, comme un débutant ne voit pas les coups interdits.

Il pense à un niveau supérieur ; il ne perd pas de temps à analyser les situations inutiles. Pour l’intelligence humaine, comme pour les machines (abstraites ou non), il existe différents niveaux ou strates de réalité et d’effiscience.

C’est ce que Douglas Hofstadter s’évertue à nous expliquer dans Gödel, Escher et Bach : un logiciel n’a pas conscience du système d’exploitation dans lequel il est exécuté, comme nous-mêmes, ne pouvons intervenir à un étage inférieur de perception, comme celui de la digestion par exemple.

 Hofstadter montrait un jour à des amis le programme Parry, logiciel paranoïaque de simulation de langage. Alors qu’ils discutaient avec le programme, une erreur système est survenue et un texte d’erreur s’est affiché. Ils ne comprenaient pas pourquoi le programme, qui semblait si intelligent, ne parvenait pas à comprendre le message d’erreur. Mais leur question était du même ordre que s’ils vous avaient demandé : « pourquoi produisez-vous si peu de globules rouges aujourd’hui ? »

Dans le concept de l’émergence, qui se résume généralement par la formule simple : « le tout est supérieur à – est différent de – la somme de ses parties, » les propriétés nouvelles que l’on observe sont situées à une dimension supérieure.

Dans ce domaine, le célèbre automate cellulaire de Conway, le jeu de la vie, se compose d’une matrice et de pixels définis aléatoirement au départ. Des règles simples agissent sur ces pixels (les cellules) qui déterminent leur survie ou non, et de génération en génération, on peut observer se développer une véritable organisation et des schèmes de population. Si nous pouvons y percevoir tout cela, chaque pixel lui, n’en a évidemment absolument pas conscience.

Mais ce qui est fascinant dans un programme comme le jeu de la vie, c’est qu’a priori, il est absolument imprédictible. Pour connaître la 1000ème étape, il est nécessaire de réaliser les 999 précédentes, car il n’existe aucun raccourci qui permette de connaître directement l’état de l’automate. On parle d’émergence diachronique.

Chaque état amène donc le suivant, et ainsi de suite, et par ce fait c’est un processus infini. Car même si, une fois le système stabilisé, on a tour à tour un carré puis un rectangle (puis de nouveau le carré, etc.) on n’en atteint pas les limites pour autant. C’est la relation entre chaque génération qui compte, et non l’état en lui-même. Ce qui en fait un programme foncièrement indéterministe.

 

2/ synchronique

Le jeu d’échecs est bien évidemment le jeu de la combinaison par excellence. Mais il n’est pas que cela. Si le nombre de configurations possibles est calculable, on ne peut déterminer le nombre de parties possibles, car ce nombre est infini.

 En ce qui concerne la combinaison pure et dure, prenons l’exemple de every icon de John Simon Jr. Nous avons affaire là aussi, comme dans le jeu de la vie, à une matrice composée de pixels noirs (quand arriverons-nous enfin à nous dégager des grilles et des carrés ?) Partant d’une grille blanche, Simon donne à voir toutes les possibilités d’image sur une grille de 32 par 32 pixels, jusqu’à un écran noir final. Ce processus est démesurément long (plusieurs milliards d’années) mais il n’est pas infini. Le nombre de possibilités est de 2 à la puissance 32 (la première moitié d’un échiquier de Sissa.) Simon a lancé son programme à une heure précise, le 27 janvier 1997. Lorsqu’on va l’observer, le programme analyse l’heure actuelle et affiche le résultat en conséquence, ce qui permet d’éteindre la machine et de pouvoir y revenir, sans qu’il n’y ait eu d’interruption (subjective) du processus.

Cette pièce, magnifique œuvre de mesure, qui ressemble tant graphiquement au jeu de la vie, en est pourtant fondamentalement différente : on peut déterminer précisément et directement l’image qui sera affichée, dans un millénaire par exemple. Sa différence et sa limite tient au fait que, contrairement à ce que l’on pourrait croire, son processus ne tient pas compte du temps, ou plutôt ne possède pas de temporalité intrinsèque.

de la transposition du code

Auteur maniaxmemori dans theorie, code, watchout, chess synthesis — maniaxmemori mer 31 mai 2006 3:53

  gena & napier

Jean-Jacques Rousseau avait tenté de développer son propre système d’écriture musicale. Dans le projet chessynthesis que je développe actuellement, c’est la notation algébrique du jeu d’échecs lui-même qui devient partition. Mon projet consiste à transcoder l’information de la position des pièces lors d’une partie en une composition musicale. Avec l’avènement du numérique, on peut aisément convertir n’importe quelle donnée en n’importe quelle autre, et c’est pour cela que, plus que la simple position des pièces, c’est toute l’incidence stratégique et tactique des configurations qui est interprétée.

Car l’écueil dans ce domaine est de sombrer dans un transcodage pour le transcodage, qui se révèle finalement asignifiant.

Peter Gena a transposé le génome humain en musique. Contrairement à ce que l’on aurait pu croire, le résultat n’a pas été forcément saisissant. Ce n’est pas parce que le matériau initial est riche d’un point de vue symbolique que son interprétation sonore doit s’avérer pertinente. Là où Gena frappe fort à mon sens, c’est lorsqu’il transpose l’ADN de la fibrose cystique (cause de la mort de Chopin) en partition pour piano. En nommant sa composition Chopin’s Catarrh (nocturnes), il place son oeuvre dans un contexte historique qui lui redonne tout son sens.

On peut également citer Vuk Cosic, dont la démarche pour deep ascii est représentative de la tendance de «l’archeologie des nouveaux medias.» En transposant le film X deep throat en caractères ascii (standard américain de symboles typographiques), il critique la logique utilitaire qui sous-tend le développement des nouveaux médias, et pousse le transcodage jusqu’à l’absurde par ce mode de représentation archaïque.

Signalons enfin la démarche de Mark Napier, qui avec shredder propose une réorganisation de toutes les pages disponibles sur le www. Son programme demande l’adresse d’une page web, puis il analyse le contenu et le réorganise de façon chaotique. Mais pas tant chaotique que cela, et c’est là que se révèle l’intérêt du projet: l’algorythme conçu génère toujours le même style de représentation, qui rappelle les peintures de Gerhard Richter, et qui témoigne du propre passé de peintre de Napier.

Les problématiques de ces différents projets, bien qu’hétérogènes, nous permettent néanmoins d’entrevoir des pistes assez excitantes de recherches.

L€ktro Pöppe sur au bout du fil

Auteur maniaxmemori dans sonic, xzibit — maniaxmemori jeu 25 mai 2006 14:53

Au bout du fil, podcast de musique libre, vient de publier un article sur mon album, mettant à disposition le morceau "the free mix".

 cliquez sur l’image pour vous rendre sur le post. 

°¤oO0h yeah ! manix memoria [clip]

Auteur maniaxmemori dans video, sonic, fun, trash — maniaxmemori dim 21 mai 2006 22:07

  PodcastPodcast vidéo [4mb]

voici un clip destiné à être diffusé dans le cadre d’un projet de compilation avec des artistes (cc) de jamendo, sur le thème du sex-trip. J’ai exploité une vieille filière de mon boulot, les bugs de compression, mais cette fois-ci en exploitant les problèmes de rafraichissement de player, notemment VLC dans ce cas. La vidéo est une vidéo x found footage. La musique [°¤oO0h yeah!], sélectionnée sur la-dite compilation, est composée uniquement à partir de samples de cette même vidéo. Précisons que ce n’est pas une version définitive.

(m)emories [projet]

Auteur maniaxmemori dans sonic, interface, installation — maniaxmemori lun 15 mai 2006 0:09

Je recherche actuellement des idées d’installations sonores, en collaboration avec Emilie Brout. Voici une des idées que nous avons retenues :

Le principe est relativement simple : il fonctionne sur une interactivité rémanente. Un visiteur entre seul dans la pièce très sombre, muni d’un collier (1) autour du cou. Ce collier comporte un micro qui enregistre les micro-sons de la gorge, les déglutitions, voire la parole du spectateur. Le collier émet alors à un ordinateur le son enregistré. Les déplacements du spectateur sont captés et retransmis à un ordinateur par une webcam (2). Le visiteur entend, grâce au son quadriphonique délivré par les quatres enceintes (3) un mélange complexe de sons (4) riches en basses, en fait les sons enregistrés par les précédents visiteurs, et qui se déplacent selon leurs trajectoires.

Le sol est composé d’une mousse déformable sombre, qui garde les traces de pas des précédents visiteurs. Le lieu d’exposition idéal serait un endroit doté d’un certain caractère historique (comme un lieu de culte par exemple).

maniax shreddered

Auteur maniaxmemori dans ego, code, fun, watchout — maniaxmemori ven 12 mai 2006 14:24

visionnez la page raw de maniax|memori.net maltraitée par le shredder de Mark Napier en cliquant ici

[site officiel de Mark Napier]

microtouch [music]

Auteur maniaxmemori dans sonic — maniaxmemori dim 30 avr 2006 16:25

Pour ce morceau, je n’ai utilisé qu’un sample d’une dizaine de secondes, assez pauvre en matière sonore. Il est essentiellement composé de souffle, avec quelques tapotements de micro et une bribe de voix. Le but était de parvenir à composer, malgré tout, quelque chose d’intéressant dans les contraintes données. Le résultat est microtouch.

 Podcast

phoenix [video]

Auteur maniaxmemori dans video, theorie, sonic — maniaxmemori dim 30 avr 2006 15:48

Podcast   phoenix est une vidéo de 3 minutes lue en boucle, qui représente le déplacement accéléré d’asticots blancs sur une durée d’une heure, et qui s’organisent pour finalement former le mot chaos, pour se désorganiser et ainsi de suite. Le son joué est une boucle d’un extrait de la 7ème symphonie de Beethoven, traitée comme une fibre sonore (décomposée en plusieurs couches FFT) qui se désaccorde en contre-point de l’image (mot formé/son désaccordé au maximum - désordre total/son parfaitement accordé).

   Le titre fait référence à la représentation cosmogonique des temps archaïques (voir notemment Mircéa Eliade sur la question du mythe) . A l’époque, on se représentait l’univers comme une boucle, qui avait une certaine durée, et qui se rejouait toujours à l’identique. Le phoenix est le miroir de cet univers, son temps de vie est le même, et il a connu au fil du temps plusieurs représentations : du ver (1461 ans de durée de vie pour Pline) à l’oiseau enflammé (Claudien). Curieusement, on revient aujourd’hui par la science à ce genre d’hypothèse (expansion/compression).

  maxime marion 2004

bienvenue sur maniax|memori [blog audiovideocast]

Auteur maniaxmemori dans ego, divers — maniaxmemori sam 29 avr 2006 13:04

ce blog a pour vocation de présenter les avancées du travail de maxime marion. Il s’agit de l’alternative à maniaxmemori.net, qui par son mode de publication permet une plus grande réactivité quant à l’actualité des travaux.

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